La question des minerais critiques n'est pas une question de rareté. Le cobalt, le lithium, les terres rares et le graphite sont abondants dans l'écorce terrestre. Le problème tient à la concentration géographique de leur extraction et, plus encore, de leur raffinage, dans un moment où la transition énergétique et l'électronique en multiplient la demande.
Quelques chiffres suffisent à poser le décor. La République démocratique du Congo fournit environ 70 % du cobalt extrait dans le monde, l'Indonésie près de la moitié du nickel, le Chili et le Pérou ensemble deux cinquièmes du cuivre, l'Australie et le Chili les trois quarts du lithium minier. Aucun de ces pays n'exerce pourtant un contrôle décisif sur la chaîne, parce que le minerai brut sort de leur territoire pour être transformé ailleurs.
C'est là que se situe le vrai goulot. La Chine raffine la grande majorité du cobalt congolais, plus de la moitié du lithium australien et l'essentiel du graphite mondial, tout en assurant l'écrasante majorité de la séparation des terres rares. Construire une mine demande une quinzaine d'années entre la découverte et la première production ; construire une raffinerie en demande 3 ou 4, mais suppose un savoir-faire chimique, une tolérance environnementale et des coûts énergétiques que peu de pays réunissent. Le levier politique se trouve donc à cette étape, et c'est celle qu'ont visée les contrôles à l'exportation instaurés depuis 2023 sur le gallium, le germanium, le graphite, l'antimoine puis plusieurs terres rares lourdes.
Le groupe compte 17 éléments, ni rares ni particulièrement chers à extraire, mais dont la séparation exige des centaines d'étapes d'extraction liquide-liquide, coûteuses et polluantes. Quatre d'entre eux seulement, néodyme, praséodyme, dysprosium et terbium, portent l'essentiel de l'enjeu, car ils entrent dans les aimants permanents des moteurs électriques et des éoliennes. La fermeture des capacités occidentales dans les années quatre-vingt dix, pour raisons environnementales et de coût, a laissé le champ libre à un fournisseur unique, situation dont les États consommateurs cherchent depuis à sortir.
L'Union européenne a adopté en 2024 un règlement sur les matières premières critiques qui fixe des objectifs chiffrés pour 2030 : extraire sur son sol au moins un dixième de sa consommation, en transformer quatre dixièmes, en recycler un quart, et ne pas dépendre d'un seul pays tiers pour plus de 65 % d'une matière stratégique. Les États-Unis ont emprunté une autre voie, par le crédit d'impôt conditionné à l'origine des matériaux et par des partenariats miniers bilatéraux. Les deux approches se heurtent au même obstacle : l'acceptabilité locale des projets, qui allonge les délais bien plus que la géologie.
Deux leviers restent sous-employés. La substitution progresse dans les batteries, où les chimies au lithium-fer-phosphate se passent de cobalt et de nickel, et dans les moteurs, où des architectures sans aimants permanents existent au prix d'un rendement moindre. Le recyclage fournit déjà une part notable de l'offre de cuivre et d'aluminium, mais reste marginal pour les terres rares, faute de filières de collecte et parce que les quantités contenues dans chaque appareil sont trop faibles pour justifier le démontage. Ces deux leviers ne suppriment pas la dépendance à court terme, ils en réduisent seulement la pente.
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